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Michelin présente une méthode de fabrication révolutionnaire

Michelin présente une méthode de fabrication révolutionnaire

Table des matières

Michelin a franchi une étape importante dans la transformation de la fabrication des pneumatiques : à Bassens, près de Bordeaux, le groupe a inauguré en janvier 2024 un démonstrateur industriel consacré au butadiène biosourcé. Cet intermédiaire, utilisé pour produire du caoutchouc synthétique, peut ainsi être fabriqué à partir d’éthanol plutôt que de matières premières fossiles. Lancé en 2013 avec IFPEN et Axens, le projet Biobutterfly associe recherche, développement et mise à l’épreuve d’une nouvelle technologie à l’échelle industrielle.

Le site peut produire jusqu’à 25 tonnes de butadiène par an. Son investissement dépasse 80 millions d’euros et le projet a contribué à créer une vingtaine d’emplois à Bassens, avec notamment le soutien de l’Ademe et des collectivités locales. Cette méthode révolutionnaire ne signifie pas que tous les pneus Michelin sont déjà fabriqués avec ce matériau : le démonstrateur doit d’abord valider le procédé et ses conditions d’industrialisation. Pour comprendre l’enjeu, imaginons un fabricant qui cherche à réduire l’empreinte de chaque composant sans sacrifier la performance : remplacer une matière issue du pétrole par une ressource renouvelable constitue une piste concrète, à condition de pouvoir la produire de façon fiable et à grande échelle. C’est précisément ce passage de l’innovation au déploiement industriel qui donne sa portée à l’expérience de Bassens.

michelin dévoile une méthode de fabrication révolutionnaire qui pourrait transformer ses processus industriels et ouvrir de nouvelles perspectives.

Butadiène biosourcé : la méthode de fabrication expérimentée par Michelin

Le butadiène est un composant essentiel de nombreux caoutchoucs synthétiques employés dans les pneumatiques. Jusqu’ici, il provenait principalement de la pétrochimie ; le procédé testé à Bassens vise à le produire à partir d’éthanol, une matière première susceptible d’être obtenue à partir de ressources agricoles ou de biomasse.

Le démonstrateur permet d’observer le fonctionnement du procédé dans un environnement industriel réel, et pas seulement en laboratoire. Cette étape est décisive : la régularité de la matière produite, la consommation d’énergie et la capacité à augmenter les volumes conditionnent la suite du développement.

De l’éthanol à un composant du caoutchouc synthétique

L’éthanol utilisé peut provenir de déchets agricoles, comme ceux du maïs ou de la betterave, ou de biomasse ligneuse. À plus long terme, Michelin envisage aussi des voies reposant sur du carbone issu du captage de CO₂ industriel, sous réserve de rendre ces filières techniquement et économiquement viables.

Pour un manufacturier, cette évolution ne consiste donc pas à remplacer simplement un ingrédient par un autre. Elle suppose de sécuriser l’approvisionnement, de vérifier que le matériau répond aux exigences des pneus et d’intégrer le procédé aux chaînes de production existantes : l’innovation doit être compatible avec les impératifs de sécurité et de performance.

Biobutterfly : investissement, emplois et capacité du site de Bassens

Le projet, mené avec IFPEN et Axens, représente un investissement global supérieur à 80 millions d’euros. L’Ademe a apporté 14,7 millions d’euros de soutien public, auxquels se sont ajoutés des appuis de la région Nouvelle-Aquitaine et de la communauté urbaine de Bordeaux.

La mise en place du démonstrateur a créé une vingtaine d’emplois sur le site Michelin de Bassens. Sa capacité annoncée de 25 tonnes par an reste celle d’une installation de démonstration : elle sert à tester et à valider une voie de production, et non à répondre seule aux besoins de l’ensemble de l’industrie du pneu.

Repère Donnée du projet Ce que cela signifie
Localisation Bassens, près de Bordeaux Site industriel Michelin accueillant le démonstrateur
Capacité annoncée 25 tonnes par an Production à l’échelle d’un démonstrateur industriel
Investissement global Plus de 80 millions d’euros Financement du projet Biobutterfly et de ses installations
Soutien de l’Ademe 14,7 millions d’euros Contribution publique au développement du procédé
Emplois créés Environ 20 Activité supplémentaire sur le site de Bassens

La capacité modeste du démonstrateur est cohérente avec sa mission : éprouver la méthode avant toute décision d’extension. L’enjeu industriel se mesure donc autant à la qualité des essais qu’au volume produit.

Une coopération entre recherche et industrie

La collaboration réunit Michelin, IFPEN Energies Nouvelles et Axens, dont l’expertise porte notamment sur les procédés industriels et leur commercialisation. Ce partage de compétences relie la recherche sur la transformation de la biomasse à la conception d’installations capables de fonctionner dans un cadre industriel.

Une éventuelle usine de plus grande capacité dépendra des résultats des essais et des conditions d’industrialisation. Cette logique par étapes est familière aux filières qui cherchent à déployer des matériaux renouvelables ou recyclés dans les pneus : les perspectives et les obstacles sont détaillés dans cet état des lieux des pneus durables.

Réduction du CO₂ et objectifs de matériaux renouvelables

La substitution d’une matière pétrosourcée par du butadiène biosourcé vise à réduire la dépendance du secteur aux ressources fossiles et à limiter les émissions liées à la production. Lors de l’inauguration, Axens estimait que le procédé pourrait éviter environ 1,6 tonne de CO₂ par tonne de butadiène produite. À titre de comparaison, Michelin indiquait alors qu’une tonne de butadiène d’origine fossile générait de l’ordre de une à deux tonnes de CO₂ ; ces valeurs dépendent toutefois des procédés et des périmètres de calcul considérés.

À la même période, Michelin déclarait utiliser près de 30 % de matériaux renouvelables ou recyclés dans ses pneus et visait 40 % en 2030, puis 100 % à l’horizon 2050. Ce sont des objectifs annoncés par le groupe, et non des résultats déjà atteints. Le butadiène biosourcé constitue l’un des leviers envisagés, tandis que l’emploi de caoutchouc naturel contribue déjà à la part renouvelable.

  • Remplacer une ressource fossile : l’éthanol ouvre une autre voie d’approvisionnement pour fabriquer le butadiène.
  • Éprouver le procédé : le démonstrateur vérifie la production et la qualité de la matière avant une éventuelle montée en capacité.
  • Évaluer le bilan climatique : les économies annoncées doivent être replacées dans le périmètre complet de production et d’approvisionnement.
  • Faire évoluer la composition des pneus : cette technologie s’inscrit dans une stratégie plus large de matériaux renouvelables et recyclés.

La baisse des émissions ne dépend pas d’un seul matériau : elle repose aussi sur l’énergie employée, les transports, la durée de vie du pneu et la gestion de sa fin de vie. C’est pourquoi la coopération des acteurs européens est également un enjeu, comme l’explique cet article sur les défis communs de la filière européenne du pneumatique.

Un objectif climatique qui dépasse le seul butadiène

Michelin a également rappelé son objectif de diviser par deux en 2030 ses émissions de CO₂ des scopes 1 et 2 par rapport à 2010. Cet engagement concerne les émissions directes et celles associées à l’énergie achetée ; il ne se confond donc pas avec le bilan complet du cycle de vie d’un pneu.

Le butadiène biosourcé peut participer à cette trajectoire, mais son impact dépendra de la provenance de l’éthanol, de l’énergie nécessaire à sa transformation et de la capacité à déployer le procédé. La méthode apporte une option supplémentaire ; son intérêt environnemental se confirmera à mesure que ces paramètres seront évalués à plus grande échelle.

Ce que le démonstrateur Michelin doit encore valider

Passer d’une installation pilote à une production commerciale implique de vérifier la stabilité du procédé, les coûts et la disponibilité des matières premières. Une ressource biosourcée n’est pas automatiquement durable : son origine, son mode de culture ou de collecte et l’énergie mobilisée comptent dans le résultat final.

Pour les équipes de recherche et de développement, le défi consiste aussi à intégrer le nouveau butadiène aux formulations existantes sans compromettre les qualités attendues du caoutchouc. Un pneu doit conserver son adhérence, sa résistance à l’usure et son comportement dans des conditions variées ; l’innovation n’a de valeur que si elle répond à ces exigences d’usage.

La prochaine étape dépend donc des résultats techniques et économiques accumulés à Bassens. Si les essais sont concluants, l’industrialisation pourra ouvrir une nouvelle filière d’approvisionnement ; dans le cas contraire, le démonstrateur aura tout de même permis de préciser les conditions nécessaires à son amélioration.

Qu’est-ce que le butadiène biosourcé développé dans le cadre de Biobutterfly ?

C’est du butadiène, un intermédiaire utilisé pour produire certains caoutchoucs synthétiques des pneus, fabriqué à partir d’éthanol plutôt que de ressources pétrolières fossiles.

Où se trouve le démonstrateur industriel de Michelin ?

L’installation est implantée sur le site Michelin de Bassens, près de Bordeaux, en Gironde.

Quelle est la capacité de production du démonstrateur ?

Sa capacité annoncée est de 25 tonnes de butadiène par an. Il s’agit d’un démonstrateur destiné à valider le procédé, et non d’une usine de production à grande échelle.

Le butadiène biosourcé est-il déjà présent dans tous les pneus Michelin ?

Non. Le démonstrateur sert à tester la technologie et à étudier son industrialisation. Les objectifs de matériaux renouvelables ou recyclés annoncés par Michelin sont des trajectoires à atteindre, pas des résultats déjà généralisés.

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